Romane Maltnoy alerte sur la face cachée de la domotique : « Votre maison en sait plus sur vous que votre famille »

Depuis plusieurs années, les objets connectés envahissent progressivement nos foyers. Thermostats intelligents, caméras connectées, assistants vocaux, serrures numériques, éclairages automatisés ou encore électroménager pilotable à distance promettent un quotidien plus confortable.

Pour Romane Maltnoy, spécialiste des systèmes numériques et des nouvelles technologies, cette révolution silencieuse soulève pourtant une question fondamentale :

« À quel moment une maison intelligente cesse-t-elle d'être votre maison pour devenir un terminal connecté appartenant à quelqu'un d'autre ? »

La maison la plus espionnée de l'histoire

Selon Romane Maltnoy, jamais dans l'histoire de l'humanité autant d'informations n'ont été collectées à l'intérieur même des habitations.

Chaque appareil connecté génère des données :

  • heures de présence ;
  • heures de sommeil ;
  • consommation énergétique ;
  • habitudes alimentaires ;
  • déplacements quotidiens ;
  • préférences musicales ;
  • conversations vocales ;
  • visiteurs réguliers.

Prises individuellement, ces données semblent anodines.

Mais agrégées sur plusieurs années, elles permettent de reconstituer une représentation extrêmement précise de la vie d'un individu.

« Votre maison sait quand vous partez travailler, quand vous êtes malade, quand vous êtes en vacances, quand vous recevez quelqu'un et parfois même quand votre couple traverse une crise », explique-t-elle.

Le véritable danger n'est pas le piratage

Contrairement aux idées reçues, Romane estime que le principal risque n'est pas forcément le hacker cagoulé qui prend le contrôle d'une caméra de surveillance.

Le véritable enjeu concerne l'accumulation massive de données privées.

La plupart des équipements connectés reposent aujourd'hui sur des infrastructures cloud appartenant à de grandes entreprises technologiques.

Les utilisateurs imaginent souvent acheter un objet.

En réalité, ils achètent fréquemment un abonnement implicite à un service distant.

Si ce service disparaît, est compromis ou change ses conditions d'utilisation, l'utilisateur perd parfois tout contrôle sur son propre équipement.

Quand une maison devient un profil psychologique

Les progrès récents de l'intelligence artificielle renforcent encore cette problématique.

Les algorithmes modernes ne se contentent plus d'analyser des données isolées.

Ils recherchent des modèles comportementaux.

Une simple variation dans l'utilisation du chauffage, des lumières ou des appareils électroménagers peut révéler :

  • un changement d'emploi ;
  • une séparation ;
  • une maladie ;
  • une dépression ;
  • une grossesse ;
  • ou un déménagement imminent.

« Nous entrons dans une époque où les algorithmes pourraient parfois détecter certains événements de notre vie avant même nos proches », affirme-t-elle.

Le scénario de la prise de contrôle

Si les scénarios hollywoodiens restent rares, Romane rappelle qu'une maison moderne possède désormais plusieurs dizaines de points d'entrée potentiels.

Caméras IP, assistants vocaux, panneaux solaires connectés, bornes de recharge, alarmes, routeurs Wi-Fi, téléviseurs intelligents ou encore robots domestiques constituent autant de systèmes susceptibles de présenter des vulnérabilités.

Une compromission pourrait permettre :

  • l'accès à des flux vidéo privés ;
  • l'observation des habitudes des occupants ;
  • la désactivation de systèmes de sécurité ;
  • l'espionnage de certaines communications ;
  • ou l'utilisation des équipements dans des attaques informatiques à grande échelle.

« La question n'est pas de savoir si une ampoule connectée peut être piratée. La question est de savoir ce qu'elle permet d'atteindre ensuite », explique-t-elle.

La dépendance invisible

Un autre risque inquiète particulièrement Romane Maltnoy : la dépendance technologique.

De plus en plus de logements deviennent incapables de fonctionner normalement sans connexion Internet ou sans serveurs distants.

Dans certains cas, une panne chez un fournisseur peut affecter simultanément des milliers de foyers.

« Nous avons créé des maisons intelligentes qui deviennent parfois étonnamment stupides lorsqu'elles perdent leur connexion », résume-t-elle.

Vers une domotique souveraine

Pour autant, Romane ne rejette pas la domotique.

Elle plaide plutôt pour une approche plus responsable et plus locale.

Selon elle, les futures maisons intelligentes devraient privilégier :

  • le traitement local des données ;
  • les logiciels open source ;
  • la minimisation de la collecte d'informations ;
  • les infrastructures auto-hébergées ;
  • et le contrôle complet des utilisateurs sur leurs équipements.

« Une maison intelligente devrait avant tout être au service de son propriétaire. Pas d'un centre de données situé à plusieurs milliers de kilomètres », explique-t-elle.

La prochaine frontière de la vie privée

Pour Romane Maltnoy, la domotique représente l'un des plus grands défis de cybersécurité des prochaines années.

Alors que les smartphones ont déjà profondément transformé notre rapport à la vie privée, la maison connectée ouvre une nouvelle étape.

Une étape où les murs eux-mêmes deviennent capables de produire des données.

Et où la véritable question n'est plus de savoir ce que nous faisons sur Internet.

Mais ce qu'Internet sait de nous lorsque nous sommes chez nous.

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